L'histoire de La boisson la plus bue au monde
Le thé revendique le privilège d’être la boisson la plus ancienne. Les légendes qui entourent son origine sont assez controversées. Pour les chinois, la découverte du thé remonterait à l’an 2337 avant J.C. et est attribuée à l’empereur Shen Nung, « père de l’agriculture et de la médecine ». Se reposant au pied d’un arbuste et ayant soif, celui-ci aurait fait bouillir de l’eau. Quelques feuilles se seraient détachées de l’arbuste et seraient tombées dans sa tasse. L’empereur y goûta et s’en délecta. Il ordonna de pratiquer la culture de cette plante dans tout le pays.
Une autre légende sur les origines du thé, évoquée en Inde et au Japon, raconte que Bodhidharma, fils du roi des Indes et prêcheur du bouddhisme, aurait fait le serment de ne pas s’endormir pendant 7 années. Un jour toutefois, il se serait senti gagné par le sommeil et n’aurait pu rester éveillé que grâce aux feuilles de théier qu’il aurait mâchonnées par hasard.
Quelle que soit la légende, les feuilles du théier ont d’abord été utilisées pour leurs vertus médicinales. Puis les prêtres taoïstes prêtèrent au thé des vertus de longue vie, et le bouddhisme l’utilisa pour des exercices de méditation.
Au XVIIème siècle, le thé fut introduit en Europe par la compagnie des Indes Néerlandaises. Sa consommation devint particulièrement populaire en Grande-Bretagne qui ouvrit de nombreuses maisons de thé.
Aujourd’hui, le thé est la boisson la plus répandue dans le monde, après l’eau. 600 milliards de tasses de thé sont bues chaque année, soit environ 200 tasses par habitant.
En France le thé n’a jamais réussi à supplanter le café. Notre consommation est très faible par rapport à celle de nos voisins : chaque Français consomme environ 230 g de thé chaque année, alors qu’un Allemand en prendra 1 kg et 3,6 kg pour un Anglais. Néanmoins, si la France est traditionnellement un pays buveur de café et de vin, le thé se hisse progressivement au rang de ces deux boissons. Il est aujourd’hui la 2ème boisson chaude après le café.
Cependant, on observe depuis peu dans l’hexagone un attrait étonnant pour le thé. La communication fracassante sur les vertus thérapeutiques du thé « anti-cholestérol », « anti-âge », « anti-cancer » ... ont brusquement fait sortir le thé de son « ghetto » pour le propulser au rang de star, vanté dans tous les magazines. En l’espace de quelques années, le thé glacé sucré est venu concurrencer les sodas les plus populaires (10% des « soft drink » vendus en supermarché). Devenu une vedette en cosmétologie, les industriels le déclinent en shampooing, savon, parfum ou crème de soin.
Cette subite passion des Français pour le thé n’est pourtant pas une mode éphémère mais une « tendance lourde ». On peut penser que les Français ne font simplement que rattraper le retard accumulé depuis trop longtemps.
Robert Fortune : le « voleur » de thé
Dans les années 1840, la Chine est l’unique producteur de thé au monde, malgré les tentatives de concurrence des plantations de qualité médiocre de l’Assam au nord-est de l’Inde. L’Angleterre voulant assurer son autoproduction de thé, demande alors au botaniste Robert Fortune d’aller percer le mystère du précieux breuvage. Sa mission est claire : tout faire pour s’approprier des plants de thé Chinois et les transplanter sur les contreforts de l’Himalaya.
Mission Impossible ?
Le contexte avec la Chine est hostile : Elle interdit toute entrée à un européen. Si Robert Fortune se fait repérer, c’est la peine de mort assurée ! Déguisé en mandarin, parlant parfaitement le Chinois, maîtrisant les us et coutumes, Robert Fortune voyage incognito. Patiemment, il accumule les informations et perce les secrets jalousement gardés du savoir-faire vieux de 5000 ans. Il détermine quel climat et quel sol favorisent un bon thé, il comprend l’importance de l’eau pour l’infusion, il découvre (enfin !) ce qui fait virer les feuilles de thé vert en thé noir (il s’agit simplement du traitement opéré sur les feuilles : la fermentation).
Un héros oublié
Il fait parvenir en Inde des graines de thé qu’il répartit sur 3 bateaux afin de minimiser les risques de perte. Peine perdue ! Il apprend après quelques mois que les graines ont pourri durant le voyage. Il se résout alors à transplanter de petits théiers dans des mini serres, il débauche aussi des manufacturiers Chinois, seuls capables de transmettre leur savoir-faire aux cultivateurs Indiens. Le 16 Mars 1851 Robert Fortune et ses ouvriers arrivent à Calcutta à bord de véritables « jardins flottants » contenant plus de 20.000 plants qui seront plantés dans le Darjeeling.
Pionnier de la culture du thé à grande échelle, Robert Fortune est pourtant tombé dans les oubliettes de l’Histoire. La couronne ne lui décernera jamais un quelconque honneur, même à titre posthume.
« Tea-party » Boston
Le thé serait-il à l’origine du processus qui devait aboutir à l’indépendance des États-Unis ? Protestant contre l’Angleterre qui maintient une taxe abusive sur les importations de thé dans ses colonies, des colons américains déguisés en indiens jetèrent, le 16 décembre 1773, dans le port de Boston 342 caisses de thé embarquées sur 3 navires de la Compagnie des Indes. Le roi George III répondit par des lois répressives qui exacerbèrent les mécontentements. Cette « Tea-party » se répéta à Charleston, New York et Annapolis. La guerre de l’indépendance en Amérique du Nord n’allait tarder à éclater.
Sur terre ou sur mer, La grammaire est différente !
Le mot « thé » vient d’un mot chinois qui possède 2 prononciations différentes selon certaines régions de Chine : « châ » et « té ». Savez-vous pourquoi ? Voici la réponse :
« Châ » est la prononciation la plus couramment utilisée dans le monde. C’est aussi la plus officielle puisque utilisée par les Chinois, les japonais et les Indiens. Elle a été reprise dans tous les pays qui se fournissaient en thé à l’origine via les routes du thé et les caravanes terrestres : C’est ainsi qu’on dit « tchaï » dans le monde russe, « chaï » dans les pays arabes. « chaï » est également prononcé en Inde avec l’lndi, dans le monde persan, en Turquie ou en Arménie.
L’autre prononciation chinoise « té » provient à l’origine du sud de la chine et plus précisément du port de Fuzhou d’où partirent les premières exportations de thé dans les pays limitrophes (Malaisie et Indonésie). Les Hollandais, ayant colonisé l’Indonésie, achetèrent leurs premières cargaisons à Java. Ils transportèrent le thé directement par voie de mer. Toute l’Europe maritime découvrit ainsi le fameux « té » qui devint « thee » en néerlandais, « tea » en anglais, « tee » en allemand et « thé » en français.
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